ASHKAR Adib, DBA

Digital DBA n°2 (2026)

Ancien membre du conseil d’administration de la Chambre de commerce de Damas et fondateur de l’Association des exportateurs syriens, Adib Ashkar est un entrepreneur syro-canadien qui a dirigé des entreprises de taille moyenne en Syrie, aux Émirats arabes unis, au Liban et, plus récemment, à Montréal, par l’intermédiaire de MAG-MTL Projects Inc., spécialisée dans la rénovation de bâtiments et l’insonorisation des fenêtres.
Fort de son expérience dans la gestion de petites entreprises et d’entreprises familiales, Adib Ashkar s’intéresse particulièrement à la manière dont les entreprises s’adaptent à des environnements économiques chaotiques et à l’incertitude. Il soutiendra son Executive Doctorate of Business Administration (EDBA) en mars 2026 sur le thème « La survie des petites entreprises dans des contextes chaotiques et le rôle des tiers », sous la supervision des professeurs Nathalie Mitev, King’s College London University, Royaume-Uni, et Françoise Chevalier, HEC Paris, France.

Direction de thèse

Pr. Chevalier Françoise, Pr Mitev Nathalie

Thèse de DBA

La survie des petites entreprises dans des contextes chaotiques et le rôle des tiers.

Résumé

Cette thèse examine comment les petites entreprises et les entreprises familiales survivent dans un contexte de désordre réglementaire et de conflit armé, en se concentrant sur la Syrie (2010-2019) et le rôle médiateur des représentations “tierces”, principalement la Chambre de commerce de Damas. L’étude aborde un fossé persistant entre la présence symbolique des organes représentatifs et leur capacité substantielle à atténuer les dommages bureaucratiques, à influencer les politiques et à soutenir la résilience au niveau des entreprises pendant les crises. Elle pose la question suivante : Comment les petites entreprises et les entreprises familiales survivent-elles dans des contextes chaotiques, et quel rôle les intermédiaires tels que les chambres de commerce devraient-ils jouer dans cette survie ?
Deux contributions en émergent. Premièrement, la thèse montre que dans le contexte de crise syrien, les chambres fonctionnaient en grande partie comme des organes symboliques ; là où les membres percevaient une aide, c’était à travers des fonctions de base ad hoc, clarifiant les procédures, transmettant les plaintes, négociant un contact ou organisant une réunion, plutôt que de façonner des règles ou des solutions. Deuxièmement, en s’appuyant sur les préférences et les points douloureux des répondants et à travers mes expériences de vie, la thèse propose une liste de réformes exploitables pour rendre les chambres conséquentes, statutairement indépendantes des ministères : de petites unités politiques professionnelles capables d’analyser les réglementations ; interfaces de service transparentes et prévisibles tout au long de l’année (help desk de suivi des dossiers et conseils sectoriels). Ces changements devraient transformer la” cérémonie ” en service et en valeur mesurable pour les membres.
Méthodologiquement, la thèse adopte une approche interprétative et auto-ethnographique (trois récits de vie basés sur des entretiens) complétée par un questionnaire électronique des membres de la Chambre de Damas. À partir d’un registre d’environ 7 000 membres, 1 718 avaient des courriels valides ; 1 745 messages ont été envoyés (y compris des contacts personnels), 646 ont été livrés et 94 réponses complètes ont été reçues (14,5%). Cette méthodologie mixte capture l’expérience vécue ainsi que des preuves structurées sur les représentations et l’adaptation en temps de guerre.
Les résultats révèlent une intermédiation pratique limitée des associations professionnelles pendant la guerre : 59,8% des répondants ont déclaré “aucun avantage”, 35,9% “un peu “et seulement 4,3% “beaucoup”. L’engagement électoral était de faible à modeste : exactement la moitié (46/94) ont déclaré avoir participé à des élections représentatives, tandis que les non-réponses et le “succès dispersé des candidats préférés” suggèrent un scepticisme quant à l’efficacité électorale. Les réponses ouvertes et les extraits d’entrevues décrivent systématiquement le blocage bureaucratique, le clientélisme et une chambre incapable d’agir. En même temps, les entrepreneurs articulent un profil clair de représentants crédibles : éduqués, humbles, visibles et communicatifs sur leurs biens ou leurs traits d’identité.
Les implications pour les décideurs et les chambres sont les suivantes : (1) chambres juridiquement distinctes des ministères de supervision (statut propre et ligne budgétaire) ; (2) créer une petite unité politique composée de 2 ou 3 analystes pour produire rapidement des notes d’impact réglementaire ; et (3) normaliser les interfaces telles qu’un service d’assistance avec tickets pour le suivi des dossiers, des conseils sectoriels mensuels et un rapport public des plaintes reçues/résolues.
La conclusion primordiale est que dans des environnements touchés par un conflit et sur-réglementés comme Damas, les facteurs contraignants ne sont pas l’effort entrepreneurial mais l’absence d’un intermédiaire efficace capable d’agréger les voix entrepreneuriales et de négocier des règles. Le renforcement de cette capacité intermédiaire est une condition préalable à la reprise du marché, et non un complément facultatif.
Certaines limites sont que l’enquête par courrier électronique surreprésente probablement les entreprises urbaines accessibles et sous-représente les entreprises plus petites/hors ligne ; la non-réponse et l’auto-sélection introduisent un biais ; le matériel auto-ethnographique ne reflète qu’une seule trajectoire personnelle. La triangulation entre les fréquences d’enquête, les extraits d’entrevue et les documents secondaires atténue, mais n’élimine pas, ces limites.