DORSOUMA Al Hamndou, DBA

DBA à distance n°3 (2021)

M. Dorsouma travaille actuellement comme directeur intérimaire et chef de division, au département du changement climatique et croissance verte à la Banque africaine de développement (BAD) à Abidjan en Côte d’Ivoire. Il gère une équipe d’experts en changements climatiques et croissance verte ainsi que de coordinateurs de fonds climatiques, tout en coordonnant les efforts de la BAD sur le changement climatique en Afrique.

Auparavant, il a travaillé à l’Observatoire du Sahara et du Sahel (OSS) à Tunis comme expert en environnement et changement climatique, puis comme haut fonctionnaire en charge de la mobilisation des ressources et des partenariats au développement à l’Organisation météorologique mondiale à Genève.

M. Dorsouma a soutenu en septembre 2021 son Executive Doctorate in Business Administration (EDBA), sur le thème « Conflit armé et développement durable en Afrique : Rôle de l’intelligence environnementale (Situation de la Côte d’Ivoire) » sous la direction de Professeur Michel-André Bouchard, Professeur émérite à l’Université de Montréal et Université McGill au Canada.

Direction de thèse

Pr. Bouchard Michel

Intitulé

Conflit armé et développement durable en Afrique : Rôle de l’intelligence environnementale (Situation de la Côte d’ivoire)

Résumé

Les conflits armés et les situations conflictuelles de façon générale, constituent une grave menace pour l’atteinte du développement durable. La thèse examine en particulier et à titre d’exemple-phare la situation de la Côte d’Ivoire où le conflit armé de 2002 à 2011 et les récents évènements conflictuels ont fortement ébranlé les bases et les perspectives de durabilité du développement. Ces perturbations ont contribué à l’aggravation de la pauvreté, entravé la performance économique, entraîné la détérioration des conditions sociales, provoqué la chute de la gouvernance institutionnelle et occasionné de lourds dommages environnementaux, entre autres.

La thèse met en évidence les enjeux multiples et complexes des situations conflictuelles sur le développement durable en général et en Côte d’Ivoire en particulier, notamment les enjeux économiques, socio-culturels, environnementaux, transfrontaliers, sécuritaires, militaires, et humanitaires. On y explore des scénarios prospectifs sur des avenirs possibles d’une Côte d’Ivoire confrontée aux défis conflictuels mais soucieuse d’atteindre les Objectifs du développement durable (ODD) à l’horizon 2030. Si le scénario catastrophe d’une Côte d’Ivoire permanemment en conflit armé et incapable d’atteindre les ODD est très peu probable, celui d’un pays traversé partiellement par des crises et en mesure de n’atteindre qu’une infime partie des ODD, semble s’imposer comme une tendance lourde. Il paraît donc important d’envisager un scénario de rupture d’une Côte d’Ivoire à l’abri de toute situation conflictuelle et en mesure d’atteindre les ODD d’ici 2030.

Face à ces enjeux, l’intelligence environnementale se présente comme un dispositif et un cadre d’analyse appropriés pour appréhender de façon holistique les situations conflictuelles et leurs implications pour le développement durable. La mise en place d’un dispositif national intégré et pérenne d’intelligence environnementale pour la Côte d’Ivoire aurait pour avantages d’anticiper, de gérer et d’intégrer les scénarios conflictuels dans le processus national prospectif et dans la planification du développement durable.

Dispositif tri-dimensionnel axé sur les dimensions préventive, prospective et réactive, l’intelligence environnementale permet de placer les questions conflictuelles au centre des approches préventives, de planification stratégique et de gestion des crises. La réussite d’un tel mécanisme est fortement tributaire de la volonté politique et d’une meilleure coordination institutionnelle, avec la collaboration des acteurs étatiques et non étatiques ainsi que des collectivités décentralisées. Elle dépend aussi d’une meilleure coopération régionale, en raison de la nature transfrontalière des perturbations et des conflits actuels. Un dispositif national d’intelligence environnementale pour la Côte d’Ivoire nécessiterait donc d’être adossé à un dispositif régional qui faciliterait la coopération et les échanges d’informations entre les États. La thèse recommande aussi la mise en place d’un fonds national d’intelligence environnementale pour la Côte d’Ivoire ainsi que d’une facilité régionale africaine, avec pour buts de soulager les dépenses sécuritaires de plus en plus élevées des Etats, de financer les programmes de prévention, et enfin d’accélérer les efforts de reconstruction post conflit et de développement durable.

Bien qu’utile, la mise en place d’un dispositif d’intelligence environnementale soulève de nombreux défis de nature politique, institutionnelle, technique et financière. L’étude de la situation en Côte d’Ivoire montre que seules des actions concertées aux échelles nationale et régionale permettraient de juguler durablement les crises et leurs implications pour le développement durable pour ce pays, et par extension en Afrique de l’Ouest.

Par ailleurs, compte tenu de l’importance de cette question pour l’Afrique tout entière, il s’avère important que les approches d’intelligence environnementale fassent l’objet d’une réponse continentale sous l’égide de l’Union africaine et des autres institutions régionales comme la Banque africaine de développement.