FALL Samba, DBA

Dakar n°6 (2026)

Spécialiste en gestion de projet, Samba Fall possède plus de 20 ans d’expérience solide dans le suivi de la mise en œuvre et la coordination des audits de projets publics financés par l’aide au développement. Il travaille actuellement au Ministère des Finances et du Budget au Sénégal.

En mars 2026, il soutiendra sa thèse de Doctorat exécutif en administration des affaires (EDBA) intitulée « L’impact de la gouvernance sur la performance des projets d’investissement financés par l’aide publique au développement au Sénégal », sous la direction du Professeur Pierre-Jean Benghozi, professeur émérite à l’École Polytechnique de Paris et au Centre national de la recherche scientifique en France.

Direction de thèse

Pr Tidjani Bassirou, Pr Benghozi Pierre-Jean

Thèse de DBA

L’impact de la gouvernance sur la performance des projets d’investissement financés par l’aide publique au développement au Sénégal.

Résumé

L’aide publique au développement joue un rôle important dans le financement des politiques publiques des pays bénéficiaires. En moyenne, le Sénégal a mobilisé au titre de l’aide, un montant de 1 603,5 milliards FCFA, soit environ 2,5 milliards d’euros, sur les cinq dernières années pour financer partiellement des projets d’investissement. Ces derniers contribuent à l’atteinte des objectifs macroéconomiques et à la réalisation d’infrastructures socioéconomiques.
L’objet de la présente thèse porte sur l’impact du système de gouvernance des projets financés par l’aide publique au développement sur leur performance. A la date du 31 décembre 2024, les deux-cent quatorze (214) projets actifs ont enregistré un taux de décaissement moyen de 56% et sont confrontés à des contraintes qui ont causé des retards considérables dans leur mise en oeuvre. La revue documentaire montre qu’elles relèvent de l’utilisation des instruments de coopération, des outils et des procédures de gestion, des cadres juridiques, institutionnels, organisationnels et de coordination des activités techniques. Ces constats posent ainsi le problème de l’existence de standards internationaux dans la gouvernance des projets publics.
Les objectifs recherchés à travers cette étude consistent à s’interroger sur l’existence d’un cadre juridique et de gestion (institutionnel, organisationnel et de coordination) opérationnel et adapté aux projets publics, à déterminer le poids des conditionnalités des partenaires (entrée en vigueur, premier décaissement, etc…) et des procédures de gestion (marchés, gestion financière, etc…) sur la performance des projets et à réduire les impacts négatifs des engagements des parties prenantes.
Le cadre théorique mobilisé repose d’abord sur le paradigme épistémologique basé sur l’interprétation pour sa cohérence avec notre question de recherche et son apport à la compréhension des motivations et des actions des acteurs, ensuite sur le raisonnement inductif pour la généralisation des résultats empiriques et enfin, à l’étude de cas multiples portant sur quinze (15) projets. Les données ont été collectées en deux phases : une revue documentaire et l’administration d’un guide d’entretien et d’un questionnaire, respectivement auprès de vingt (20) et de cent deux (102) personnes relevant des différents acteurs des projets. Le logiciel SPHINX a facilité le traitement des données qualitatives et quantitatives, avec la mise en place d’une plateforme de paramétrage, de codage et de tris à plat, ainsi que l’analyse de contenu et leur interprétation.
Les principaux résultats de l’étude montrent que les projets ne sont pas exécutés de manière satisfaisante car les délais contractuels ne sont pas respectés selon 86% des enquêtés et les activités techniques ne sont réalisées qu’à hauteur de 43% des réponses. Ces résultats confortent le faible niveau des décaissements des projets rappelé ci-dessus et s’expliquent globalement par l’inadéquation du cadre juridique, les imperfections du cadre de gestion (dispositifs institutionnels, de fonctionnement et de coordination), la diversité et la rigueur des conditionnalités des bailleurs, la complexité et les lourdeurs des procédures de gestion et de marchés publics et l’absence et/ou les retards de satisfaction des engagements des parties prenantes (État, entreprises, bailleurs, etc…). Ainsi, le système de gouvernance des projets influe significativement sur la performance des projets car les retards induits par ces facteurs se traduisent par des reports et des prorogations de dates clés et impactent négativement sur leur niveau d’exécution.
Les implications de la thèse sur le plan théorique portent sur la mise en relief de questions peu ou pas abordées par la littérature sur l’aide publique au développement, notamment les impacts des conditionnalités, des procédures de gestion et la problématique des « avis de non objection ».
Quant aux implications pratiques à l’endroit des décideurs et des praticiens, elles portent entre autres sur les recommandations relatives à la mise en place d’un nouveau cadre juridique harmonisé, la création d’une unité de gestion unique par ministère, l’amélioration des modalités de gestion des ressources humaines , la simplification et l’amélioration des conditionnalités et des procédures de gestion, la réforme des « avis de non-objection » des partenaires et la redéfinition des engagements des parties prenantes, notamment ceux financiers.